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jeudi, mai 01, 2008

Le collier d'argent..

Le marché grouille. Le Soleil est haut dans le ciel. Sur la chaussée, à quelques distances du caniveau à sec, un groupe de jeunes est en train de préparer le thé. L'un d'eux, celui qui porte une casquette à l'envers raconte des histoires qui semblent amuser ces camarades de grain. Il fait chaud, il a ôté son débardeur et la transpiration perle le long de son dos luisant. En face de lui, un garçon au visage dur portant des lunettes de soleil, s'empare de la théière et de deux verres, il lave les verres et commence à faire mousser le thé, le versant et le transvasant d'un verre à l'autre. Faire le thé relève d'une pratique subtile qui demande des années d'expérience pour paraître en fin de compte si naturelle. A sa droite un jeune homme portant une chemise blanche imaculée semble ne pas souffrir de la chaleur, il sourit à pleines dents aux histoires de son voisin et n'hésite pas à en rajouter. Il ne fait pas trop de geste et demeure calme semblant avoir à coeur de faire montre d'une dignité sans faille.


Le quatrième membre du groupe semble être tout son contraire. Il porte un long et large short, des sandales de plastique et un débardeur. Il est agité et souvent salue les passants qui tournent dans le carré. Il ne reste pas longtemps assis car il tient la boutique de son père devant laquelle le groupe est installé et où son vendus au détail sucre, thé, piles, cigarettes, biscuits et beaucoup d'autres articles que tous passants seraient susceptible d'acheter.

Jouxtant la boutique il y a un bijoutier, le meilleur du quartier m'a t-on dit. Peut être que celui qui me l'a dit était de sa famille...enfin peu importe, je me retrouve à marcher d'un air décidé jusqu'à cette boutique où son vendues toutes sortes de bijoux en or ou en argent. Derrière l'étale où se trouvent diposés un grand nombre de colliers, bagues et broches, le passant peut voir les artisans fondre le métal et travailler leurs pièces de façon à créer différents modèles, tous témoins d'un grand savoir-faire. Et même si le matériel qu'ils emploient semble quelque peu obsolète, ils parviennent à créer de leurs mains des pièces de grande qualité aux formes subtiles, aux courbes naturelles et fines. Je m'arrête derrière l'étale et observe les bijoux disposés. Evidemment, ma couleur de peau a vite fait d'attirer les regards sur moi. Je salue les jeunes du grain et ceux-ci me proposent de boire le thé. J'ai le temps, je décide de me poser un instant et de causer. Le jeune au torse-nu me propose de m'asseoir sur sa chaise, ce que je fis pour me trouver en face du préparateur de la boisson. Alors que je m'assois, le premier thé est presque prêt à être consommé. Dans le verre, une mousse épaisse et légère à la fois surmonte le liquide marron. Cela indique que sa consommation ne saurait tarder..


En effet, on me tend le premier verre, que j'apprécie en sirotant le liquide chaud, sucré et amer à la fois. J'aime le thé préparé de cette manière. Trois thés issus des même feuilles. On ajoute seulement de l'eau et du sucre entre chaque préparation, ce qui rend le breuvage partagé progressivement moins fort et plus sucré.

Celui que je bois est le premier, un liquide au caractère fort et puissant. A la première gorgée, il donne une vigueur nouvelle au coeur et à l'âme. Sitôt le verre bu, je le tends au préparateur qui sert ses compagnons des quantités de thé strictement égales. Le geste est sûr et le jugement est sans faille.

Une fois tous ces camarades servis, il se sert enfin un verre et l'apprécie avec la satisfaction d'avoir partagé son savoir-faire avec ses pairs.

Ensuite, pendant la préparation du deuxième thé, nous discutons de la vie. Ils me demandent ce que je fais ici et semblent heureux de constater que je parle bien la langue et que j'aime le thé.

Après le troisième thé, je prends congé du groupe et me dirige à nouveau vers l'étale de bijoux.

Là je repère un collier...le collier dirai-je. Il est parfait, ni trop lourd ni trop fragile. Il brille de son argent fraichement fondu et assemblé en boucles fines. Je lance un regard au vendeur qui me propose un prix, évidemment bien au dessus de la valeur à laquelle je vais l'obtenir. Mais le jeu de la négociation est agréable et il contribue au fait que l'achat prend une toute autre dimension que celle d'un échange de bien contre de l'argent. Il y a échange de paroles, d'arguments, de plaisanteries, de ruse..alors seulement l'acte devient un acte social.

Une fois l'affaire entendue, je m'en retourne et quitte le quartier non sans avoir salué le grain autour de la théière désormais vide..jusqu'au prochain thé.