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vendredi, mai 09, 2008

Histoire du Bélédougou

Cela se passait dans le royaume du Bélédougou, dans une région où se côtoyaient lions, éléphants et gazelles. Une région riche qui abritait en son sein des hommes d'une fierté et d'une bravoure qui n'avaient leurs égales. Trois années plus tôt les pluies s'étaient tues pour ne plus jamais parler de leur doux langage, plein de ces poésies qui riment avec la vie. Les hommes luttèrent bien pour survivre mais le ciel fut avare trop longtemps et la région commençait à se mourir. D'abord les plantes puis les animaux, et le mal atteint les hommes. Prières et offrandes furent vaines pour chasser le fléau de la famine. Le peuple fier et fort commençait à perdre de sa superbe se retrouvant face à face avec la mort. Le conseil des grands sages fut réuni pour la septième fois une nuit de lune croissante. Les braseros imprimaient à la rencontre une couleur magique aux nuances pleines de cette gravité que l'on observe lorsque la vie lutte avec la mort. Longs furent les palabres et personne ne pouvait se résoudre à proposer la seule solution restante, pourtant depuis longtemps présente dans l'esprit de chacun. Tous attendaient que le grand sage prenne la cruciale décision. Assis entre deux braseros, sur les racines du grand Baobab, le vieil homme à l'allure de seigneur fixait les dessins qu'il avait tracés sur le sol. Lentement il releva un magnifique visage, usé par le temps, embelli par la sagesse, éclairé par la blancheur d'une longue barbe blanche et d'une chevelure ruisselante. Il porta son regard droit devant lui et semblait scruter l'obscurité de la savane environnante. Les yeux brillaient d'un mélange de rage et de tristesse. Il semblait lutter contre des forces invisibles que l'on ne peut que repousser sans jamais les abattre. Après un long silence que le vent seul assourdissait de ses légères rafales, le mot fut prononcé. Tous les coeurs s'arrêtèrent de battre en même temps. C'était pourtant l'ultime chance de pouvoir sauver le peuple, mais aucun ne put croire que ce ne fut pas un mauvais rêve, une farce que leur auraient jouée leurs Dieux. Une femme du royaume devait se donner en sacrifice afin de les apaiser. Celle-ci se devait d'être vierge et de s'offrir de son plein gré. La nouvelle se répandit, soufflée par le vent, portée par les prières, si bien que le royaume entier en fut informé avant que la Lune n'entame sa descente. Le sommeil demeura introuvable cette nuit là. La musique et les griots se turent, la Nature elle-même semblait se recueillir laissant un faible murmure prendre la place de l'habituelle symphonie nocturne. Le Soleil vint mettre fin à la nuit la plus sombre qu'ait connu le Bélédougou.

Les premiers rayons du Soleil vinrent poindre par delà l'horizon et révélèrent les pas décidés de la plus belle femme que le Bélédougou n'ait jamais vu naître. Elle marchait en direction du grand Baobab et la végétation semblait vouloir s'écarter afin de lui faciliter le passage. La Lune avait eu le temps de disparaître et le Soleil le temps d'atteindre le zénith avant que la jeune femme ne rejoigne les sept sages assis en cercle au pied du grand Baobab. Le grand sage l'accueillit de ce regard paternel qui sait que sa fille est condamnée. Elle inclina sa tête surmontée d'une dense chevelure et s'agenouilla au centre du cercle, face au grand Baobab. Elle portait une robe blanche qui faisait ressortir la noirceur de sa peau. Une larme coulant de son oeil gauche, elle s'offrait aux Dieux afin de satisfaire leur gourmandise. Tous unirent leurs prières à celles de la belle. L'instant se prolongea jusqu'à ce que les derniers rayons du Soleil eussent frappé le sommet du grand Baobab. Alors, avant que la Lune ne se lève, sept hommes vinrent poser au centre du cercle un linge blanc et une calebasse remplie d'eau. Le linge fut ouvert et révéla une boule d'argile humide de la taille d'une grande calebasse. La belle se leva et se dénuda. Les sept hommes commencèrent à enduire son corps avec la terre, coordonnant leurs mouvements en un ballet mortuaire. Longtemps la belle demeura debout après que sa bouche et ses narines furent comblées. Elle s'évanouit avec la légèreté d'une plume et s'en fut dans les limbes de l'inconscience. La Mort la prit, alors que la Lune fut masquée par de gros nuages noirs. Les premières gouttes frappèrent la terre froide qui recouvrait le corps désormais inerte. Sous la pluie battante, les sept hommes bâtirent une demeure funéraire avec des briques de terre. Ils l'édifièrent entre la Lune et le grand Baobab.
Depuis ce temps, tous les sept ans, le peuple se souvient de la belle qui les a sauvés. Tous les sept ans, une procession triste et joyeuse à la fois se rend au pied du grand Baobab et loue la fille de la Lune et du Soleil. Tous les sept ans leurs prières et leurs chants se font entendre sept jours et sept nuits durant. Tous les sept ans le grand Baobab accueille sous sa majestueuse couronne les enfants du Bélédougou. Son tronc marqué par les épreuves du temps, il arbore fièrement les circonvolutions de son écorce. Il conserve au plus profond de lui la mémoire de la belle et avec ce même regard emprunt de tristesse et de rage, il tente de se consoler d'avoir ce soir là perdu sa fille bien aimée.

4 Comments:

Blogger Julien said...

Seraient-ce tes séjours sur le continent africain qui te confèrent ces talents de conteur? J'aime beaucoup le style de ce touchant récit, bravo!!
Juju

9:37 PM  
Blogger cebakoro said...

Aussi la fantaisie de Homère laissa Troie pousser de terre , aussi votre sulfureux récit est un outrage au peuple laborieux du Beledougou qui
n´e mérite pas qu´on se moque de lui.
Ne restez plus longtemps dans l´ignorance du Beledugu:
Il n´est qu´aux portes de BAMAKO et sur intzernet et portables
Méfiez -vous de dire histoire quand il ne s´agit que de votre orgie d´assouvir l´´irrél.
C´est comme s´il suffisait que je chantasse pour les ferailles de la Tour Eiffel portent des fleurs et fruits...

12:05 AM  
Blogger Unknown said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

1:57 PM  
Blogger Unknown said...

Et pourtant le récit est directement inspiré d'histoires partagées oralement à mon intention au sein même de ces terres. Nulle moquerie...que du respect pour cette Terre qui m'a accueillie plusieurs années durant.
L'idée de voir des fruits et des fleurs pousser sur la Tour Eiffel me plaît beaucoup...peut-être m'en inspirerai-je un jour.
Salutations

2:00 PM  

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