Nom :

jeudi, août 06, 2009

Auprès de mon Baobab...(Chapitre 11)

"Et il n'est rien de plus beau que l'instant qui précède le voyage, l'instant où l'horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses."
Milan Kundera

Je m'apprête à quitter cette terre africaine afin de rejoindre les terres qui m'ont vu naître.
Je me trouve dans un taxi, dont on se demande comment il est encore capable rouler. A tout moment on se dit qu’il peut nous lâcher afin de se reposer sur le bas côté de la route. En direction de l'aéroport de Bamako Sénou, le taxi franchit le fleuve Niger en empruntant le pont du Roi Fahd. Il traverse des lieux que je connais bien. Je les ai parcourus en d'autres temps et quelques vagues souvenirs se mêlent à des images plus précises d'instants passés ici et là. Des sensations, des émotions, quelques déceptions, colères ou amertumes ajoutent leur bémol à la symphonie de mes souvenirs.

Je m’apprête à quitter cette terre africaine afin de rejoindre les terres qui m’ont vu naître. J’ai un peu grandi là bas, je crois avoir un peu grandi ici aussi, même si ce ne fut pas exactement de la même manière.
Les dernières heures furent riches de ces questionnements qui assaillent les voyageurs.
Plus on reste en un endroit plus on laisse à la vie des occasions de nous lier à celui-ci. La séparation en est d'autant plus difficile.

En ces dernières heures j'ai pu converser avec ma Rose et j'ai compris que je comptais pour elle...j'oserais dire autant que elle compte pour moi. Cependant elle est là bas, dans son désert et moi ici. Cette distance qui nous sépare est bien plus qu'une distance physique. Elle est celle qui distingue le rêve de la réalité. D'un monde à l'autre, le pas ne se franchit pas aisément. Je l'ai envisagé pendant des années...mais j'ai finalement cru bon de laisser au rêve sa beauté originelle plutôt que de prendre le risque de l'entacher de l'imperfection de notre condition humaine.
Ainsi, ma Rose pourrait demeurer le personnage de l'histoire que je vous conte, cette histoire qui me voit douter; rêver, espérer, aimer...

Le taxi approche de l'aéroport et je peux désormais voir l'endroit duquel je vais quitter le Mali. J'emporte avec moi bon nombre de souvenirs et la nostalgie à ce moment précis m'étreint violemment. Quitter un endroit est le lot des voyageurs. C'est la récompense du nomade mais son châtiment aussi. Devoir quitter des endroits que l'on aime n'est pas chose aisée, même si un retour est prévu, celui-ci demeure hypothétique et nul ne sait exactement quelles voies l'avenir empruntera pour nous.
Le taxi s'arrête, je me charge de tous mes bagages et m'apprête à entrer à l'intérieur de l'aéroport, quand tout autour de moi devient flou. J'ai l'impression d'être pris d'un vertige mais au lieu de m'évanouir c'est le monde autour de moi qui s'évanouit.
Plus rien ne bouge autour de moi. L'endroit qui était vivant de son effervescence habituelle se retrouve tout d'un coup vide. Je suis seul, encombré de mes sacs. Je mets quelques instants à saisir la situation et tout d'un coup je réalise que je dois m'attendre à retrouver mon vieil ami quelque part.
Je scrute les environs. Les lieux sont éclairés comme à l'accoutumée, mais personne derrière les comptoirs d'enregistrement, pas plus dans les cabines de la police de l'air ou bien dans le kiosque à journaux.
Je me soulage du poids de mes bagages et marche vers la salle d'embarquement du rez de chaussée. Elle donne accès directement à la piste de décollage. Je sors et marche sur la piste toujours éclairée elle aussi. Je passe à côté d'un véhicule de transport de bagages...encore plein et apparemment interrompu dans sa livraison.
J'aperçois sur la piste un vieil homme, à la chevelure grise.
Je le vois sourire de loin...mon vieil ami.
En m'approchant je constate une pointe de tristesse dans son regard, celle qui se fait discrète au côté d'un sourire.
 Te voilà prêt à partir.
 Oui...mais je devrais revenir bientôt. Ce départ n'est pas définitif.
 Peut-être oui. Tu laisses beaucoup de choses derrière toi.
 En effet, une partie de moi ne voudrait pas partir.
 Tu laisses une Rose qui t'aime aussi.
 ...
 N'aurais-tu pas oublié que tu l’aimes ?
 Je ne sais pas…cette relation est tellement singulière. Elle a un goût d’irréel pour moi. Est-ce elle que j’aime ou bien est-ce l’imaginaire que j’ai crée autour d’elle?
 Tu te poses les bonnes questions et je constate que tu as encore besoin d’un peu de temps. Quitter ces terres afin de les retrouver en d’autres heures t’aidera à trouver des réponses.
Il me sourit mais encore une fois je perçois de la tristesse dans son regard.
 Je te souhaite un bon voyage mon jeune ami. Prends soin de toi et des tiens.
 Merci…
A ce moment là j’ai l’impression de faire un bond dans l’espace et le temps…je me souviens d’une clé trouvée au sol, la première, celle de Papa Legba. Soudain l’évidence s’impose à moi. C’est lui mon vieil ami, Papa Legba qui veille sur moi. C’est lui qui m’accompagne avant de quitter ces terres, lui-même qui devrait être là à mon retour. Alors que ces idées se font miennes, le temps reprend son cours, l’endroit a repris vie et je me retrouve au milieu du hall de l’aéroport au côté de mes bagages à terre l’air rêveur. Je songe à ce que la vie m’a donné ce soir, je songe à la rencontre que je viens de faire.

1 Comments:

Blogger Guillaume said...

Monsieur Frédouille !

Cela fait très très longtemps que je ne suis pas venu faire un tour sur ton blog (que la honte s'abatte sur moi !)...
... et voilà que je tombe sur ce dernier message qui annonce que tu quittes l'Afrique...

... J'imagine un peu les "choses" et les états qui sont capables de fourmiller à l'intérieur dans ces moments-là !

Quoi qu'il en soit, donne des nouvelles quand tu te rapproches de Strasbourg... Ca fera plaisir de se boire une petite chope !!

Bonne route !

Guitoon !

8:25 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home