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lundi, août 25, 2008

Auprès de mon Baobab...(chapitre 1)

Dogo kelen jobaga, o tε dogo bεε diya don.

Celui qui ne fréquente qu'un seul marché ne connaît pas les agréments des autres.


Bamako, quartier de Quinzambougou, août 2008.

Au milieu de la nuit, je me réveille. L’obscurité est presque parfaite. Au dehors, peu de sons occupent l’espace. Quelques rumeurs sorties d’un autre temps se rappellent aux vivants et accompagnent le sommeil des âmes fatiguées. Je respire un air un peu alourdi par l’attente de la prochaine pluie. Elle ne devrait pas tarder, les grenouilles s’en remettent à elle en tout cas. Elles se taisent pour le moment, demeurant à l’affût de la prochaine générosité du ciel.

Après une longue absence, je suis revenu sur ces Terres qui m’avaient si bien accueilli il y a quelques années. Beaucoup d’idées se bousculent dans mon esprit. Des espoirs mêlés à quelques craintes. Même si je n’excluais pas de revenir vivre ici, je ne m’y attendais pas vraiment. Les circonstances de la vie en ont décidé ainsi et j’ai l’impression d’en être satisfait.


Alors je vais faire quelques pas dans la cours de la maison et j’observe la voûte céleste. Je me plais à considérer les dessins formés par les étoiles. Ils sont légèrement penchés en comparaison de ceux que j’ai pour habitude de voir dans mes terres natales. La Lune elle aussi semble avoir connu quelques épreuves et me présente un fin sourire en lieu et place d’un croissant suspendu. Sourire qui se retrouve voilé par quelques nuages sombres, juste à l’instant où je lui souris en retour. Quelques bruits se font entendre au loin, des discussions autour de lampes à pétrole, des insectes faisant crisser leurs pattes ou voletant dans l’air apaisé de la nuit. Alors que je me concentre sur les sons environnants, j’entends les notes d’une musique. Une douce mélodie sortie d’une flûte. Je l’écoute plus attentivement et en peu de temps la musique remplace dans ma tête tous les autres sons de la nuit. Je suis un peu troublé car je n’avais encore jamais entendu jouer de cet instrument en cette ville de Bamako. L’instrument duquel émerge ce son ne m’est pas inconnu mais sa musique a trouvé sa genèse dans des terres lointaines et ensablées, en plein cœur du Sahara. J’écoute sa musique pendant un temps qui me semble infini. Elle me rappelle des rêves de roses luttant contre des vents de sables, elle me fait songer aux immenses rochers noirs brûlés par le Soleil et empilés de manière improbable par quelques dieux joueurs. Je me souviens alors de mille couleurs de sables et de roches, je me souviens de la dureté de ces lieux, je me souviens de la beauté de ses êtres. La musique que j’écoute semble n’avoir pas de fin. Elle glisse sur l’air de la nuit, comme une rivière emplie des souvenirs des âmes endormies. Elle vient pêcher auprès de chaque être une part de leurs rêves et s’en confectionne une parure. Il me semblerait presque la voir, je pourrais la toucher du bout des doigts mais c’est à ce moment qu’elle décide de s’envoler dans le ciel, portée par le vent qui se lève, afin de laisser place au silence.

La flûte s’est tue et les premières gouttes de pluie commencent à tomber. D’abord dispersées puis plus nombreuses et denses sur les sols et les toits. Bientôt la ville entière et arrosée par la lourde pluie de ce mois d’août. La fraicheur l’accompagnant est bonne, elle repose les corps et apaise les cœurs. Quelques minutes durant j’écoute cette autre musique qui emplit l’espace de toute sa puissance. Elle n’est pas partageuse, la pluie, elle s’impose à tous et ne laisse que peu de place entre ces gouttes. Elle se sait attendue et aimée des gens ici. Elle en joue un peu et c’est bien normal.

Alors, je me dirige vers ma couche et m’en vais retrouver le sommeil, bercé des quelques rêves que m’aura laissé la musique de la flûte.

2 Comments:

Blogger Julien said...

Voici un très bon début, des lignes poétiques et imagées, ton style est vraiment très agréable à lire, vivement la suite!
Je ressens bien là ta sensibilité et ta manière de percevoir les choses, de savourer chaque petit détail qui fait toute la beauté de la vie.

11:16 PM  
Anonymous Anonyme said...

Que de beaux mots ! Ton chapitre 1 est très agréable à lire, j'attends le 2... ;-)

7:23 PM  

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