quelques pensées

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vendredi, mars 27, 2009

Auprès de mon Baobab... (chapitre 7)

"Ila em assassile ed ila assousom" :
La bouche a un verrou qui est le silence, proverbe Tamasheq.


Je me réveille en pleine nuit en sueur. Il fait chaud dans ma chambre. Au dehors cependant, je perçois une musique douce que je n'avais plus l'habitude d'entendre. Des gouttes de pluie tombaient du ciel, tranquillement, de manière un peu dispersée, presque nonchalante. « La pluie des mangues »...me dis-je...l'événement a vite fait de me réveiller définitivement, j'ai eu envie de sortir. Je marche dans la rue, et me dirige inconsciemment vers la mosquée de mon quartier, près de laquelle j'avais rencontré mon vieil ami pour la première fois. Je le cherche en vain...je voudrais lui raconter comment j'avais retrouvé ma rose. Je cherche mes mots et tout en marchant je me récite ce qui suit :

« C'est par une journée très chaude, sous un Soleil ardent que j'ai pu renouer avec un ancien rêve.

Dans mon quartier de Quinzambougou, j'ai retrouvé de manière tout à fait inattendue, la rose du désert qui m'a tant inspiré. Je n'en ai pas cru mes yeux quand mon regard s'est posé sur ses pétales frais et son sourire enchanteur. Elle était belle comme au premier jour où l'on s'est rencontré.

Cinq années se sont écoulées depuis mais j'ai eu l'impression en cet instant que nous ne nous étions jamais vraiment quittés. Je me suis arrêté près d'elle et nous nous sommes mis à converser longuement. La vie s'est écoulée et a apporté à chacun des joies et des peines. Tous deux un peu grandis probablement mais un peu navrés aussi de ne pas avoir pu échanger d'avantage.

J'ai appris qu'elle avait traversé des épreuves qui laissent des traces et qu'au moment même où je l'ai retrouvée, son coeur n'était pas des plus sereins.

Pendant un moment j’ai craint que ce ne soit un rêve tellement l'histoire me paraissait belle.

Mais quand j'ai réalisé que ce n'était pas le cas, j'ai eu peur…car je tombai amoureux de cette rose, ou plutôt j'ai réalisé à ce moment que j'étais amoureux d'elle depuis le premier jour. Je l'ai perdue une fois, je ne voulais pas la perdre une seconde fois, ou bien je risquais de ne pas en revenir indemne. Mon cœur, lui, était comme fou. Après tant de temps à aimer en silence, il désirait plus que tout s'exprimer. Je le retins encore un peu. Le moment n'était pas venu...Je ne voulais pas la décevoir, je ne voulais pas qu'elle me dédaigne. J'avais des sentiments profonds pour elle et je crois que je n'aurais pas supporté l'abandonner à nouveau.

Depuis je lui rends visite tous les jours. A chaque fois elle me gratifie de toutes les attentions et à chaque rencontre je réalise combien cette rose est forte...

Quand je me suis réveillé hier matin, j'ai quitté un rêve dont je ne me souviens pas, hormis les deux mots que me prononçait un interlocuteur inconnu : "martyr silencieux"...Ce devait être mon coeur qui me parlait. Après cinq années, l'amour que j'avais pour cette rose et que je devais garder sous silence ne demandait qu'à s'écouler librement. Je l'ai alors écouté... »

- Et alors ?...Me demande une voix derrière moi.

- Ah…c'est vous ! Je vous cherchais.

- Et je t’ai retrouvé…Alors qu'est-il arrivé ensuite ?

- Et bien...je lui ai exprimé mon amour mais elle est restée muette. Peut-être ne s'attendait-elle pas à ça. Peut-être que je me suis fait des illusions. Elle ne m'a rien dit, rien suggéré. J'attends depuis et cela me pèse.

- La réponse ne saurait tarder mon jeune ami. Garde foi en l'amour, votre histoire pourrait-elle se terminer ainsi ? Elle a ses raisons très certainement. Des considérations qui te sont encore inconnues doivent guider sa prudence. Patiente un peu. T'en sens-tu capable ?

- Oui, je crois.

- Bien...je vais te laisser, profite de cette vie mon jeune ami. Au plaisir de te recroiser.

- Au revoir.

Il marche jusqu'au prochain carrefour et disparaît dans l'ombre de la rue, me laissant l'esprit plein de doutes et d'espoir mêlés.

jeudi, mars 12, 2009

Auprès de mon Baobab... (chapitre 6)


"Amassa koul issane achel wad teklenete war issene achel wad assinit"
Le voyageur connait le jour de son départ, mais il ne connait pas le jour de son arrivée, proverbe Tamasheq.



Je me lève en pleine nuit. Pas un son au dehors. J’ai un peu de mal à réaliser où je me trouve. Ces derniers temps je me suis régulièrement déplacé et cette condition nomade me déboussole en cette heure matinale.
J’y suis…je suis à Kidal ! dans cet endroit tellement singulier, au milieu du désert…Kidal qui peut tour à tour évoquer des images de rébellion, de bandits et de trafics en tous genre entre le Mali, l’Algérie, le Niger et la Libye…Kidal qui est aussi imprégnée de notes de guitares électriques, d’un air très pur, du charme et de la fierté Tamasheq.
En même temps que les brumes du sommeil se dissipent, je réalise qu’aujourd’hui je dois prendre la route pour Gao. Il s’agit d’une traversée du désert de quelques heures en 4x4, rien de très difficile en temps normal, il y a quelques années je l’ai empruntée à plusieurs reprises…mais aujourd’hui, c’est un peu différent. La région se révèle moins sûre, plus capricieuse. Plusieurs cas de braquages de voitures ont été enregistrés ces derniers mois. Un cas d’enlèvement aussi, au delà de la frontière nigérienne. Résultat, il vaut mieux voyager tôt dans la matinée afin de devancer les éventuels braqueurs. Je sors de la maison et je vois que la Lune, pleine cette nuit, a largement entamé sa descente sur l’horizon. Elle éclaire Kidal endormie, silencieuse. Quelques moustiques volettent et troublent à peine la quiétude de cette heure.
Mes compagnons de route dorment encore dans la cour, emmitouflés dans leurs couvertures et plongés dans leurs rêves. Je profite de cet instant de solitude pour admirer la Lune que j’ai rarement vu aussi proche, aussi belle, aussi pleine…
Une légère brise se lève, la Lune semble ne plus descendre sur l’horizon. Elle est comme suspendue à un fil que je ne saurais qu’imaginer… Et là, assis sur une natte dans un coin de la cour, je vois mon vieux compagnon qui semble méditer.
Je marche et le rejoints, une natte est disposée en face de lui, je m’y installe et attends qu’il daigne considérer ma présence.

« Bonjour mon jeune ami. Comment te portes-tu ?
- Je vais bien et je suis ravi de vous retrouver ici.
- Tu me sembles en effet dans de bonnes dispositions…une multitude de doutes et de questions semblent encore t’occuper l’esprit mais ce doit être ton lot en ce moment n’est-ce pas ?
- Oui, je réfléchis pas mal ces temps-ci. Je me demande où vont me conduire mes pas. Ces mêmes pas qui m’ont conduit ici, après 5 ans d’absence.
- En effet, tu as retrouvé un endroit qui a pris beaucoup de place dans tes souvenirs. J’espère que tu n’es pas déçu…
- Non, non...l’endroit n’a pas beaucoup changé, peut-être encore un peu plus calme qu’avant. J’y ai retrouvé quelques connaissances aussi…seulement il y a une chose qui comptait plus que tout et que malheureusement je n’ai pas retrouvée…
- Quelle est-elle ?
- J’espérais retrouver une rose. Cette rose dont j’avais volé l’image et que pensais avoir reléguée au rang de mes souvenirs oubliés. Et bien en arrivant ici, la retrouver fut la première chose que j’ai voulu faire. Je suis retourné à l’endroit exact où je l’avais rencontrée et où je lui avais volé son image…
- Et alors ?
- Et bien…une maison a été construite sur ce terrain vague où nous nous étions rencontrés…
- Es-tu triste ?
- Oui, ça m’affecte étrangement beaucoup…enfin je ne sais pas s’il s’agit de tristesse, mais je suis troublé en tout cas.
- Penses-tu que tout espoir de la retrouver soit vain ?
- Je ne sais pas. J’espère toujours la revoir, mais d’un autre côté, peut-être vaudrait-il mieux la laisser parmi mes rêves…ne serait-elle pas mieux ainsi ?
- Peut-être…à moins que vous n’ayez d’autres choses à vous dire ? Quelques sujets que vous n’avez pas pu aborder en ton temps ?
- Je ne sais pas…en tout cas je m’en vais aujourd’hui. Je vais quitter ce lieu, peut être pour toujours. Si elle est toujours ici, je ne pense pas la retrouver de sitôt…
- Qui sait ?...l’avenir te le dira mon jeune ami.

La brise se lève…derrière moi mes compagnons de route semblent se réveiller sous leurs couvertures. La Lune a coupé le fil qui la retenait suspendue et a repris sa descente. Mon vieil ami a disparu comme à son habitude.

Nous nous apprêtons à partir. Notre 4x4 est un bon véhicule, suffisamment bon pour attiser les convoitises et servir d’appât aux bandits. C’est ce qui nous a poussé à quitter la ville très tôt. Au sud de Kidal, à quelques distances de sa sortie, la piste menant vers Gao traverse des paysages faits de pierres et de roches. Des cailloux par milliers sont empilés de part et d’autre de la piste, à l’image d’un jeu de construction titanesque abandonné là depuis des siècles. C’est en ce lieu que se produisent la plupart des braquages. En règle générale, un braquage se passe sans heurt. Les bandits encerclent le véhicule victime et demandent que les passagers l’abandonnent en leurs mains. Les gens dépossédés de leur moyen de transport n’ont alors d’autre choix que de rentrer à Kidal par leurs propres moyens. La ville n’étant pas très éloignées de là, la tâche se révèle tout à fait réalisable.

Nous démarrons ou du moins tentons de le faire. Notre véhicule a beau être performant, il a un problème au démarrage…Il faut un peu le pousser et c’est parti. Nous traversons la ville toujours endormie. Les muezzins viennent de faire entendre leur premier appel de la journée. Quelques chiens vagabondent dans les rues ensablées et nous nous dirigeons vers le poste de contrôle fixe, dernière étape avant d’être lâchés sur la piste pour Gao. Quelques minutes de formalités administratives et nous voilà partis. La tension est palpable chez chacun des passagers. L’un de mes compagnons a déjà subit un braquage mais ce jour là, il ne s’est pas laissé faire et s’est enfui pour sauver son véhicule. Lui en a coûté une belle frayeur car les bandits, contrariés lui ont tiré dessus. Il l’ont raté de peu mais n’ont pas raté la voiture : un trou dans le toit…



Cette fois-ci, nous avions du être plus matinaux que les bandits. Le thé n’était peut être pas encore prêt quand nous sommes passés. En tout cas, nous avons traversé sans anicroche ces magnifiques paysages, éclairés par les derniers rayons de Lune. Alors Compère Soleil s’est levé et a pris le relais pour nous accompagner jusqu’à notre arrivé à Gao, offrant à nos regards des paysages d’une invariable aridité, mais riches d’une beauté toute désertique.