quelques pensées

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mardi, juin 30, 2009

Une larme dans le désert.

J'ai retrouvé ma rose la nuit dernière. Elle exhalait ce parfum que j'avais senti la première fois que je l'ai rencontrée. Alors que je m'approchais, elle semblait ne pas m’avoir remarqué malgré le bruit de mes pas, lourds et disgracieux...

Je me trouvais alors à courte distance d'elle et j'ai eu envie de m'arrêter afin de l'admirer. Ne rien dire et l'observer, Rose dans le désert. A ma connaissance, sa grâce n'avait d’égale sur cette terre. Elle qui m'a tant inspiré était à nouveau là, en face de moi. Alors j'ai eu envie de pleurer...ce que je fis. Ainsi elle ne pouvait plus m'ignorer.
Face à elle me regardant intensément désormais, je me suis penché et lui ai offert une de mes larmes. Elle s'en est saisie et s'en est parée comme d'un collier.


Elle m'a ensuite demandé pourquoi je pleurais et je n'ai pas su quoi lui répondre.

Elle qui était avisée de toutes choses ne semblait pas vouloir me comprendre et voir la vérité qui transpirait de mon cœur. Elle ne semblait pas s'apercevoir que la seule chose qui importait à mes yeux était de protéger ces pétales fragiles et de les voir s’épanouir.
Elle paraissait heureuse et cela m'a rendu triste car un bonheur si grand ne pouvait qu'ignorer ma détresse. Elle est restée silencieuse et certains silences peuvent faire mal.

J'ai fermé les yeux, rien qu'un instant. Je les ai rouverts. Ma rose était fanée...et moi je restais là abasourdi, capable de ne rien faire, incapable de pleurer. Que s'était-il passé ?

Le soleil devait être trop ardent très certainement...où bien était-ce du à autre chose ?
Je baisse le regard sur ma main qui tient encore une larme. Cette main ne semble pas m'appartenir. Elle est osseuse et la peau qui la recouvre est ridée par les épreuves du temps. J'ai réalisé alors que cette main était bien la mienne mais que le temps avait fait son œuvre.

Je n'ai pas pu soutenir cette vision de l'inéluctable et me suis réveillé, en sursaut.

Un rêve...

lundi, juin 15, 2009

Révolution

J’ai collé mon oreille au sol pour y entendre passer Demain.
J’ai été un peu déçu car je n’ai rien entendu.
Demain n’est-il pas passé ou bien suis-je incapable de l’entendre ?
J’ai pensé alors qu’il n’était sans doute pas encore là.

J’ai décidé de l’attendre le temps que le Soleil se lève.
La dernière fois que je l’ai perçu remonte à presque un an déjà
Tant de choses se sont passé depuis, mais je n’étais pas là pour les vivre.
J’étais ailleurs, le Demain d’ici et de là bas ne sont-ils pas les mêmes ?

La Terre à tourné autour du Soleil depuis.
A la recherche de ce que les lendemains nous réservent.
Cette révolution aurait-elle changé quelque chose ?
J’y ai gagné ici ce que j’ai perdu là bas, voilà tout.

Le temps s’écoule partout, mais pas exactement au même rythme.
Ici et là sont deux endroits différents et pour le temps ça compte.
Demain serait-il passé là bas ? L’attendrais-je en vain ici ?
Serait-il possible que je me perde cette nuit ?

Je colle à nouveau mon oreille au sol afin de l’entendre…
Mais je n’entends rien hormis mes doutes qui m’assaillent.
Demain sera-t-il ici où là bas. L’heure du choix est arrivée.
Après presque un an passé ici, je voudrais l’entendre passer à nouveau.

Gao, 14 juin 2009.

mardi, juin 02, 2009

Auprès de mon Baobab...(Chapitre 9)

L’oreille collée au sol, j’entendis passer Demain.

Aimé Césaire.


Je suis assis sur un tapis de sable et fait face à l'océan. J'observe la nuit qui s'épanouit au rythme des vagues que j'aperçois au loin et dont j'entends distinctement la musique, amplifiée par le silence alentour.

Je suis un peu triste et autour de moi tout semble contribuer à cette tristesse. La lune qui parfois parait me sourire présente cette nuit les traits nostalgiques d'une mère qui craint de voir son fils pour la dernière fois. Les lumières des bateaux perdus à la surface de l'océan sont comme de pauvres âmes poussées à l'exil. Le vent apporte avec lui les notes nostalgiques des contrées qu'il a pu traverser et qu’il ne retrouvera sans doute jamais.

Je pense à ma rose et elle n'est pas étrangère à ma tristesse. J'ai la chance de lui parler à la faveur de quelques escapades oniriques et elle m'écoute...cependant elle ne dit mot. Elle demeure muette face à ma détresse. Elle a beau m'assurer que le silence ne signifiait pas l'oubli, ce mutisme me pèse.

« Tu l'aimes, tu l'as dit et écrit des dizaines de fois... »

Derrière moi ce tient mon vieil ami. Le regard triste aussi, mais avec toutefois une lueur qui promet de se transformer en explosion joyeuse à la première occasion.

« ...mais lui as-tu déjà avoué ton amour ? »

La question est brusque et me va droit au cœur. Non, je ne lui ai jamais vraiment dit. Je l'ai bien fait de manière détournée je lui ai exprimé cette amour de mille manières. Par mes regards, mes attentions, ma présence...mais jamais réellement avec ces mots simples que certains prononcent sans arrêts et que d'autres ont du mal à dire une fois au cours de leur vie. « Je t'aime. » Je fais clairement partie de cette seconde catégorie. Je ne parviens pas même à avouer mon amour pour une fleur qui n'apparait que dans mes rêves...

- Je ne veux pas la brusquer ni la faire fuir.

- Mais en attendant, tu souffres. Est-ce vraiment ce que l'on peut attendre d'une relation?

- Cette souffrance est peut-être nécessaire…Amour et souffrance sont synonymes me disait un ami.

- Certes, mais si c’est difficile d’avouer son amour il est encore plus dur de le perdre, ne crois-tu pas ? En agissant ainsi tu te crée des prétextes pour fuir. Si ça continue de la sorte, il sera tentant de tout oublier et de partir.

- Oui, c’est un peu ce à quoi je pense. Ce rêve qui m'a vu la rencontrer n'était-il pas trop beau ? Et puis…il ne s’agit pas seulement de cette rose. C’est un sentiment général. J’ai beau passer d’agréables moments ici, je ne me vois pas en rester là. Je ne veux pas m’installer ici. Il y a tant d’endroits sur la terre que je voudrais explorer, il y a tant de rencontres qui me sont promises encore…

- Certes…si tel est ton choix.

Je songe à ces derniers mots…un long moment je réfléchis à leur sens, bercé par le son des vagues au loin. Un choix va bientôt s’imposer à moi. Il faudra prendre une décision que je ne pourrai repousser. Pendant que mon esprit reste accaparé par ces considérations…mon vieil ami s’éclipse.

Un autre ami, compère Soleil, n’émergera pas de l’horizon avant de longues heures, mais à ce moment précis, je pense à la relation intime que notre bonne vieil Terre entretient avec lui. Chaque jour est une sorte de renaissance. La Terre tourne sur elle-même, offrant au regard de compère Soleil un spectacle sans cesse renouvelé. La Terre tourne autour du Soleil aussi, créant ainsi à sa surface l’alternance des saisons. Par ces rotations elle a réparti les éléments à sa surface, a crée des déséquilibres impliquant des luttes entre les choses et les êtres.

Depuis que je suis ici, la Terre a presque bouclé une rotation autour de compère Soleil. Un cycle s’achève et je l’ai vécu ici, en Afrique. Heureux et triste à la fois. Satisfait d’avoir vécu tout ceci mais frustré de ne l’avoir partagé avec d’autres. J’en reviens à ce dilemme du déracinement.

Mes réflexions sont rythmées par le ressac des vagues. Dans quelques jours je m’en retournerai au Mali et retrouverai ces endroits qui m’ont déjà réservé tant de surprises. Je pense à ma rose, à ma famille, mes amis, mes amours perdues…Un sourire apparaît sur mes lèvres alors. Pourquoi être triste quand on a tant de raison de jouir de la vie ? L'Amour ne serait-il pas synonyme de bonheur ?...