quelques pensées
vendredi, novembre 14, 2008
vendredi, novembre 07, 2008
Le pain des sables...
Mon équipe et moi-même parcourons depuis une heure matinale des paysages remplis de cailloux et de sable, peuplés de troupeaux de bœufs et de chèvres ou de moutons, de quelques dromadaires aussi, des paysages ornés d'acacias et de cram-cram, traversés par des oueds asséchés. Ces paysages sont beaux, ils sont durs, fatigants on les aime ou on les déteste, selon notre humeur ou notre état de forme...
Arrive l'heure d'une pause bien méritée...il s'agit de reprendre quelques forces, de laisser reposer le moteur de notre 4x4, d'apaiser nos dos mis à rude épreuve et bien entendu de se nourrir de ce repas qui transforme une mission dans le désert en une joyeuse équipée.

Le choix de l'endroit de la pause est primordial. Il faut trouver un arbre dont l'ombre portée sera suffisamment étendue et dense pour accueillir les convives. A côté de cet arbre -un acacia en général-doit se trouver du sable en quantité, la raison en sera expliquée plus tard. Les oueds ou les abords de mares offrent souvent un endroit convenable.
Une fois l'endroit choisi, tous se mettent à l'ouvrage. L'un fera le thé, l'autre préparera la viande et enfin celui qui ne se reposera pas préparera le « pain des sables » ou « tadjila » en langue tamasheq.

Entant que fils de boulanger je ne pouvais pas être insensible à ce plat qui dans sa dénomination française est composé de deux mots qui me sont chers. Ainsi, de la semoule de blé mélangée avec un peu d'eau et un soupçon d'huile est pétrie avec soin pendant quelques minutes jusqu'à obtention d'une galette.

Cette galette sera cuite dans le sable, un tapis de braises chaudes en dessous et une couche de sable mélangés à d'autres braises au dessus. Pendant ce temps le thé se prépare et la viande mijote dans la marmite. Quelques cristaux de sucre tombés à terre parmi les grains de sable font le bonheur d'une colonie de fourmis. Le tout se fait selon un rythme sûr mais paisible, un rythme chaloupé, tranquille, en accord avec la pesanteur de l'air et la chaleur du Soleil haut dans le ciel.
Ensuite, on sort la galette une fois pour vérifier l'état de la cuisson. On la caresse, la retourne puis on la replace dans le sable en n'oubliant pas de rajouter quelques braises au sable constituant le four.

Quelques minutes plus tard, c'est presque prêt...reste à rompre la galette cuite en petits morceaux.

Puis la viande qui aura mijoté dans sa sauce sera ajoutée au plat et le tout sera consommé à l'ombre de l'acacia accompagné de quelques incontournables verres de thé...
Arrive l'heure d'une pause bien méritée...il s'agit de reprendre quelques forces, de laisser reposer le moteur de notre 4x4, d'apaiser nos dos mis à rude épreuve et bien entendu de se nourrir de ce repas qui transforme une mission dans le désert en une joyeuse équipée.
Le choix de l'endroit de la pause est primordial. Il faut trouver un arbre dont l'ombre portée sera suffisamment étendue et dense pour accueillir les convives. A côté de cet arbre -un acacia en général-doit se trouver du sable en quantité, la raison en sera expliquée plus tard. Les oueds ou les abords de mares offrent souvent un endroit convenable.
Une fois l'endroit choisi, tous se mettent à l'ouvrage. L'un fera le thé, l'autre préparera la viande et enfin celui qui ne se reposera pas préparera le « pain des sables » ou « tadjila » en langue tamasheq.
Entant que fils de boulanger je ne pouvais pas être insensible à ce plat qui dans sa dénomination française est composé de deux mots qui me sont chers. Ainsi, de la semoule de blé mélangée avec un peu d'eau et un soupçon d'huile est pétrie avec soin pendant quelques minutes jusqu'à obtention d'une galette.
Cette galette sera cuite dans le sable, un tapis de braises chaudes en dessous et une couche de sable mélangés à d'autres braises au dessus. Pendant ce temps le thé se prépare et la viande mijote dans la marmite. Quelques cristaux de sucre tombés à terre parmi les grains de sable font le bonheur d'une colonie de fourmis. Le tout se fait selon un rythme sûr mais paisible, un rythme chaloupé, tranquille, en accord avec la pesanteur de l'air et la chaleur du Soleil haut dans le ciel.
Ensuite, on sort la galette une fois pour vérifier l'état de la cuisson. On la caresse, la retourne puis on la replace dans le sable en n'oubliant pas de rajouter quelques braises au sable constituant le four.
Quelques minutes plus tard, c'est presque prêt...reste à rompre la galette cuite en petits morceaux.
Puis la viande qui aura mijoté dans sa sauce sera ajoutée au plat et le tout sera consommé à l'ombre de l'acacia accompagné de quelques incontournables verres de thé...
samedi, novembre 01, 2008
Auprès de mon Baobab (chapitre 4)
"A Tombouctou, c'est l'heure où les femmes ont le goût de chanter et d'aimer leurs hommes. Elles écartent le voile de leur visage et le Soleil lui-même s'éloigne, déconcerté par tant de beauté..."
Alessandro Baricco, Océan Mer.
Gao, octobre 2008.
Je suis embarqué dans une pirogue qui vogue en direction de la dune rose. C'est une attraction dans la zone de Gao, elle s'étend sur plusieurs centaines de mètres en léchant les bords du fleuve Niger. Elle est connue pour être le lieu de réunions d'un type singulier. Toutes les nuits et en particulier celles du jeudi au vendredi voient la dune rose se peupler d'êtres de natures étranges et obscures. Des djinns, des fées et autres esprits que certains voudraient laisser dans l'imaginaire collectif, se réuniraient en ce lieu à l'occasion de cérémonies mystérieuses. Peu de détails transpirent de ce qui s'y passerait. Les gens en parlent peu, mais beaucoup semblent s'accorder sur le fait qu'il s'y déroule des choses peu communes.
En débarquant sur la rive, plusieurs enfants m'abordent et se proposent de m'accompagner dans mon ascension de la dune. Il est beau cet endroit, paisible..et la présence de mes jeunes compagnons ne gâche en rien mon bonheur de gravir ce monticule de sable que le vent a du mettre un temps fou à rassembler en ce lieu.
Tout en discutant et blaguant avec eux, je grimpe de plus en plus haut, puis il me prend l'envie de courir, de me dépenser un bon coup avant de rejoindre le point culminant de la dune. Je sème tout mon petit monde pour soudain me rendre compte que je suis seul...les aurai-je distancés à ce point ? Impossible ! Rien n'a changé autour de moi, hormis le fait que la demi douzaine d'enfant qui me suivait ainsi que les pirogues que je pouvais voir naviguer sur le fleuve en contrebas ne semblent plus exister, comme si le temps s'était arrêté.
C'est à ce moment que j'entends derrière moi une voix familière qui m'interpelle.
Je suis heureux de te retrouver ici. Quel bel endroit pour une entrevue ne trouves-tu pas ?
C'est mon ami le vieillard. Je suis également heureux de le retrouver. Il est assis à même le sable face au fleuve Niger, le Soleil dans son dos bas sur l'horizon comme suspendu au bout d'un fil.
Bonsoir ! Dis-je. Vous n'avez pas apporté votre flûte aujourd'hui ?
Ce n'était pas ma flûte, c'était celle de ton ami. A présent c'est à toi de jouer. Tu n'a pas oublié ton engagement n'est-ce pas ?
Bien sûr que non. Ce vœu est sérieux et j'y travaille...
Tu as déjà rencontré ton nouveau maître...ça a été plutôt rapide et j'en suis bien aise. Dit-il toujours avec ce même sourire à la fois protecteur et farceur. Tu auras le temps d'apprendre car tu as encore une longue vie devant toi...Mais qu'as tu mon jeune ami ? Tu ris ? Qu'ai je donc dis de drôle ?
C'est la situation qui me fait sourire. Vous apparaissez, sans crier gare, vous sembler en connaître beaucoup sur moi et moi je ne connais rien de vous. Qui êtes vous ? Comment faites vous pour savoir toutes ces choses, pour savoir ce que je pense ?...Vous apparaissez et disparaissez comme un...
...ange ? Bien, je conçois que ça puisse te troubler. Je vais te raconter une petite histoire. Nous avons du temps avant que le Soleil ne se couche. Tu n'es pas sans savoir qu'une fois compère Soleil couché, l'endroit n'est pas des plus..désert.
Il raconte :
« Un vieil aveugle avait cette habilité singulière de sonder l'invisible. Il connaissait le désert jusque dans ses plus profonds secrets et si vous lui présentiez une poignée de sable il était capable de dire de quelle région provenaient les grains le composant. Nous nous sommes côtoyé pendant longtemps et les histoires qu'il me racontait semblaient directement sorties des entrailles de la Terre. Elles touchaient aux significations du monde aux raisons intimes de l'existence des choses, à l'invisible et au rêve. Il me parlait des anges, des fées qui l'accompagnaient et que lui, aveugle, rencontrait au quotidien, sa perception des choses n'étant pas perturbée par leur apparence souvent trompeuse. Il avait accès à leurs confidences, mais n'en parlait qu'à peu de monde. J'ai eu la chance d'avoir acquis sa confiance...
Un jour un homme au cœur triste et corrompu est venu mettre au défi le vieil aveugle. Il lui a présenté une poignée de sable et a demandé à l'aveugle d'en déterminer son origine. L'homme avait mélangé à part égales du sable venu des quatre coins du désert. Il pensait pouvoir rendre le vieil aveugle incapable de déterminer la provenance de sa poignée de sable et avait même parié toute sa fortune que l'aveugle n'y parviendrait pas. Malheureusement pour lui l'aveugle a parfaitement su résoudre le problème et a deviné l'exacte composition de la poignée que l'homme lui avait présentée. L'homme au cœur corrompu fut pris d'accès de rage sortit son sabre et tua l'aveugle d'un coup. Il se tua peu de temps après en dehors de la ville sur la crête d'une dune. Ainsi, l'aveugle a disparu dans son vieil âge emportant avec lui de nombreux secrets. »
Il se tait, regarde le fleuve en face de lui et reprend. « Je crois que je suis moi-même quelques fois "aveugle" à mes heures...Mais toi aussi n'est-ce pas ? »
Je réfléchis un temps et des centaines d'images se bousculent dans ma tête...une en particulier s'impose à moi...
Oui..dis-je discrètement cela m'évoque une rencontre faite il y a quelques années, de l'autre côté de la Terre. Cette fois-ci je crois avoir rencontré de ces êtres qui se révèlent rarement aux hommes. Je crois qu'elles étaient des fées. J'ai failli les surprendre en ce temps...mais elles se sont transformées en champignons.» Je me reprends..confus. « Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je l'ai réellement vécue, cette rencontre. Peut être n'était-ce qu'un rêve après tout. Et puis, comment aurais-je pu les surprendre, moi ? Elles qui sont sensées être capable de déjouer les pièges de n'importe quel être vivant ?
Parce qu'elles en auront décidé ainsi et peut-être aussi parce que tu fais partie de ceux qui peuvent les voir au même titre que tu as été celui qui a su entendre la musique de la flûte ?
Mais je les ai à peine aperçues. Je ne sais toujours pas si elles en étaient vraiment. Elles ont pris la forme de champignons...à l'allure étrange certes mais ce que j'ai eu en face de moi au final n'étaient que des champignons.
Qu'a tu pensé en les voyant ?
Qu'ils étaient des fées transformées...
Qui te l'a dit, qui t'a suggérée cette idée ?
Et bien...personne, je l'ai pensée c'est tout, ce doit être mon esprit rêveur...
Ou bien était-ce elles qui te l'ont murmuré ?
Pourquoi alors ne seraient-elles pas restée dans leur forme de fée, avec leurs corps ailé ? Cela aurait eu le mérite d'être plus clair...
Pour te préserver, mon jeune ami. Il ne s'agit pas que la rencontre soit trop violente. Il faut que les deux parties soient prêtes à recevoir l'autre. Et tu n'étais peut-être pas tout à fait prêt à recueillir tout d'un coup ! Mais vois-tu, elles ont réussi leur coup il semble..car tu ne les a pas oubliées et c'est ça le plus important. Elle font partie de ta vie et tu ne les oublieras probablement jamais. Et un jour peut-être seras tu capable de les recevoir à nouveau comme je le fais.
Comme vous le faites ? C'est donc elles qui vous racontent mes histoires, mes faits et gestes ? Ça me mets un peu mal à l'aise, je serais donc espionné en permanence...
Pas exactement espionné et certainement pas en permanence...mais les fées peuvent parler à ce que les gens ont pour habitude d'appeler « choses ». Et elles recueillent auprès d'elles toutes les informations dont elles ont besoin à propos des sujets qui les intéressent.
Et moi je les intéresserais ?
Et bien pourquoi pas ? Tu sembles être suffisamment adulte pour comprendre certaines chose et encore assez enfant pour accepter de ne pas en comprendre d'autres. Je crois que c'est la réalisation de cette subtile alchimie qui intéresse nos amies les fées. Bon je crois d'ailleurs que nous les avons assez fait attendre. Si tu veux te joindre à nous ce soir..
Hum...Je crois qu'il est encore un peu tôt pour moi ou trop tard. Peut-être suis-je déjà trop adulte,...dans tous les cas je ne pense pas qu'il soit indiqué que je vienne.
Libre à toi..mon jeune ami. A bientôt.
Il se retourne, et c'est comme si son regard avait coupé le fil qui retenait le Soleil au dessus de l'horizon. Le Soleil reprend sa course et plonge doucement jusqu'à ce qu'il soit exactement dans le dos du vieillard. A ce moment je vois mon interlocuteur à contre-jour, suis ébloui, plisse les yeux et ce seul plissement me fait constater qu'il a disparu...Sa présence est remplacée par celle des quelques enfants que j'avais semé pendant l'ascension. Ils se posent autour de moi sans dire un mot et tous ont les yeux rivés vers l'astre couchant. Je m'accorde aussi cette minute d'éternité avant de songer à rejoindre ma pirogue pour m'en retourner chez moi.
Alessandro Baricco, Océan Mer.
Gao, octobre 2008.
Je suis embarqué dans une pirogue qui vogue en direction de la dune rose. C'est une attraction dans la zone de Gao, elle s'étend sur plusieurs centaines de mètres en léchant les bords du fleuve Niger. Elle est connue pour être le lieu de réunions d'un type singulier. Toutes les nuits et en particulier celles du jeudi au vendredi voient la dune rose se peupler d'êtres de natures étranges et obscures. Des djinns, des fées et autres esprits que certains voudraient laisser dans l'imaginaire collectif, se réuniraient en ce lieu à l'occasion de cérémonies mystérieuses. Peu de détails transpirent de ce qui s'y passerait. Les gens en parlent peu, mais beaucoup semblent s'accorder sur le fait qu'il s'y déroule des choses peu communes.
En débarquant sur la rive, plusieurs enfants m'abordent et se proposent de m'accompagner dans mon ascension de la dune. Il est beau cet endroit, paisible..et la présence de mes jeunes compagnons ne gâche en rien mon bonheur de gravir ce monticule de sable que le vent a du mettre un temps fou à rassembler en ce lieu.
Tout en discutant et blaguant avec eux, je grimpe de plus en plus haut, puis il me prend l'envie de courir, de me dépenser un bon coup avant de rejoindre le point culminant de la dune. Je sème tout mon petit monde pour soudain me rendre compte que je suis seul...les aurai-je distancés à ce point ? Impossible ! Rien n'a changé autour de moi, hormis le fait que la demi douzaine d'enfant qui me suivait ainsi que les pirogues que je pouvais voir naviguer sur le fleuve en contrebas ne semblent plus exister, comme si le temps s'était arrêté.
C'est à ce moment que j'entends derrière moi une voix familière qui m'interpelle.
Je suis heureux de te retrouver ici. Quel bel endroit pour une entrevue ne trouves-tu pas ?
C'est mon ami le vieillard. Je suis également heureux de le retrouver. Il est assis à même le sable face au fleuve Niger, le Soleil dans son dos bas sur l'horizon comme suspendu au bout d'un fil.
Bonsoir ! Dis-je. Vous n'avez pas apporté votre flûte aujourd'hui ?
Ce n'était pas ma flûte, c'était celle de ton ami. A présent c'est à toi de jouer. Tu n'a pas oublié ton engagement n'est-ce pas ?
Bien sûr que non. Ce vœu est sérieux et j'y travaille...
Tu as déjà rencontré ton nouveau maître...ça a été plutôt rapide et j'en suis bien aise. Dit-il toujours avec ce même sourire à la fois protecteur et farceur. Tu auras le temps d'apprendre car tu as encore une longue vie devant toi...Mais qu'as tu mon jeune ami ? Tu ris ? Qu'ai je donc dis de drôle ?
C'est la situation qui me fait sourire. Vous apparaissez, sans crier gare, vous sembler en connaître beaucoup sur moi et moi je ne connais rien de vous. Qui êtes vous ? Comment faites vous pour savoir toutes ces choses, pour savoir ce que je pense ?...Vous apparaissez et disparaissez comme un...
...ange ? Bien, je conçois que ça puisse te troubler. Je vais te raconter une petite histoire. Nous avons du temps avant que le Soleil ne se couche. Tu n'es pas sans savoir qu'une fois compère Soleil couché, l'endroit n'est pas des plus..désert.
Il raconte :
« Un vieil aveugle avait cette habilité singulière de sonder l'invisible. Il connaissait le désert jusque dans ses plus profonds secrets et si vous lui présentiez une poignée de sable il était capable de dire de quelle région provenaient les grains le composant. Nous nous sommes côtoyé pendant longtemps et les histoires qu'il me racontait semblaient directement sorties des entrailles de la Terre. Elles touchaient aux significations du monde aux raisons intimes de l'existence des choses, à l'invisible et au rêve. Il me parlait des anges, des fées qui l'accompagnaient et que lui, aveugle, rencontrait au quotidien, sa perception des choses n'étant pas perturbée par leur apparence souvent trompeuse. Il avait accès à leurs confidences, mais n'en parlait qu'à peu de monde. J'ai eu la chance d'avoir acquis sa confiance...
Un jour un homme au cœur triste et corrompu est venu mettre au défi le vieil aveugle. Il lui a présenté une poignée de sable et a demandé à l'aveugle d'en déterminer son origine. L'homme avait mélangé à part égales du sable venu des quatre coins du désert. Il pensait pouvoir rendre le vieil aveugle incapable de déterminer la provenance de sa poignée de sable et avait même parié toute sa fortune que l'aveugle n'y parviendrait pas. Malheureusement pour lui l'aveugle a parfaitement su résoudre le problème et a deviné l'exacte composition de la poignée que l'homme lui avait présentée. L'homme au cœur corrompu fut pris d'accès de rage sortit son sabre et tua l'aveugle d'un coup. Il se tua peu de temps après en dehors de la ville sur la crête d'une dune. Ainsi, l'aveugle a disparu dans son vieil âge emportant avec lui de nombreux secrets. »
Il se tait, regarde le fleuve en face de lui et reprend. « Je crois que je suis moi-même quelques fois "aveugle" à mes heures...Mais toi aussi n'est-ce pas ? »
Je réfléchis un temps et des centaines d'images se bousculent dans ma tête...une en particulier s'impose à moi...
Oui..dis-je discrètement cela m'évoque une rencontre faite il y a quelques années, de l'autre côté de la Terre. Cette fois-ci je crois avoir rencontré de ces êtres qui se révèlent rarement aux hommes. Je crois qu'elles étaient des fées. J'ai failli les surprendre en ce temps...mais elles se sont transformées en champignons.» Je me reprends..confus. « Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je l'ai réellement vécue, cette rencontre. Peut être n'était-ce qu'un rêve après tout. Et puis, comment aurais-je pu les surprendre, moi ? Elles qui sont sensées être capable de déjouer les pièges de n'importe quel être vivant ?
Parce qu'elles en auront décidé ainsi et peut-être aussi parce que tu fais partie de ceux qui peuvent les voir au même titre que tu as été celui qui a su entendre la musique de la flûte ?
Mais je les ai à peine aperçues. Je ne sais toujours pas si elles en étaient vraiment. Elles ont pris la forme de champignons...à l'allure étrange certes mais ce que j'ai eu en face de moi au final n'étaient que des champignons.
Qu'a tu pensé en les voyant ?
Qu'ils étaient des fées transformées...
Qui te l'a dit, qui t'a suggérée cette idée ?
Et bien...personne, je l'ai pensée c'est tout, ce doit être mon esprit rêveur...
Ou bien était-ce elles qui te l'ont murmuré ?
Pourquoi alors ne seraient-elles pas restée dans leur forme de fée, avec leurs corps ailé ? Cela aurait eu le mérite d'être plus clair...
Pour te préserver, mon jeune ami. Il ne s'agit pas que la rencontre soit trop violente. Il faut que les deux parties soient prêtes à recevoir l'autre. Et tu n'étais peut-être pas tout à fait prêt à recueillir tout d'un coup ! Mais vois-tu, elles ont réussi leur coup il semble..car tu ne les a pas oubliées et c'est ça le plus important. Elle font partie de ta vie et tu ne les oublieras probablement jamais. Et un jour peut-être seras tu capable de les recevoir à nouveau comme je le fais.
Comme vous le faites ? C'est donc elles qui vous racontent mes histoires, mes faits et gestes ? Ça me mets un peu mal à l'aise, je serais donc espionné en permanence...
Pas exactement espionné et certainement pas en permanence...mais les fées peuvent parler à ce que les gens ont pour habitude d'appeler « choses ». Et elles recueillent auprès d'elles toutes les informations dont elles ont besoin à propos des sujets qui les intéressent.
Et moi je les intéresserais ?
Et bien pourquoi pas ? Tu sembles être suffisamment adulte pour comprendre certaines chose et encore assez enfant pour accepter de ne pas en comprendre d'autres. Je crois que c'est la réalisation de cette subtile alchimie qui intéresse nos amies les fées. Bon je crois d'ailleurs que nous les avons assez fait attendre. Si tu veux te joindre à nous ce soir..
Hum...Je crois qu'il est encore un peu tôt pour moi ou trop tard. Peut-être suis-je déjà trop adulte,...dans tous les cas je ne pense pas qu'il soit indiqué que je vienne.
Libre à toi..mon jeune ami. A bientôt.
Il se retourne, et c'est comme si son regard avait coupé le fil qui retenait le Soleil au dessus de l'horizon. Le Soleil reprend sa course et plonge doucement jusqu'à ce qu'il soit exactement dans le dos du vieillard. A ce moment je vois mon interlocuteur à contre-jour, suis ébloui, plisse les yeux et ce seul plissement me fait constater qu'il a disparu...Sa présence est remplacée par celle des quelques enfants que j'avais semé pendant l'ascension. Ils se posent autour de moi sans dire un mot et tous ont les yeux rivés vers l'astre couchant. Je m'accorde aussi cette minute d'éternité avant de songer à rejoindre ma pirogue pour m'en retourner chez moi.

