Auprès de mon Baobab...(Chapitre 10)
Au Ciel, un ange n'a rien d'exceptionnel. Georges Bernard Shaw.
Une journée venteuse, l’air est chargé de sable et de souvenirs. Je marche dans le désert, à la recherche de ma Rose. Je la retrouve à l'ombre d'une palmeraie. Cependant, ma joie de la retrouver est contrebalancée par l'inquiétude qui me saisit à sa vue. Elle est souffrante et n'est même pas capable de m'adresser la parole...Je me penche vers elle pour lui porter secours...
...je me réveille en sursaut. Un rêve...La foudre n'est pas tombée loin. Au dehors l'orage fait rage et le bruit de la pluie battante a quelque chose de rassurant. Ce qui tombe là est déjà ça de gagné. Dans cette partie du monde dont le sort est si intimement lié à la disponibilité en eau, une grosse pluie ne peut que réjouir les cœurs. Ce qu'elle fait. Je souris intérieurement en m'imprégnant de cette musique qui signifie beaucoup ici. Curieusement, je n'ai plus sommeil, le rêve que je viens de quitter de dissipe doucement comme une brume matinale au soleil. Je ne sais à quelle moment de la nuit j'ai ouvert les yeux mais ceux-ci semblent vouloir le demeurer et ils me condamnent ainsi à me lever, afin peut-être de chercher la raison de ce caprice. Je sors alors sur le pas de la terrasse, vêtu d'un pantalon de coton et d'un modeste maillot. J'observe les gouttes lourdes et innombrables qui s'abattent sur les pavées de la cour. Les manguiers, gardiens de ma demeure, reçoivent ce don du ciel avec beaucoup de dignité. Eux ne dormaient pas, ils devaient savoir que le ciel allait être généreux cette nuit là. Mes pas me guident sous les gouttes et je suis vite trempé et dégoulinant. Je me détache les cheveux et je me sens bien, comme si la pluie renouvelait mon envie de vivre et chassait mes soucis du même coup. Je marche sous la pluie qui redouble de puissance. Personne dans les rues. Quelques lumières éclairent mes pas de loin en loin. Mes sandales et mes pieds sont rapidement couverts d'une boue latéritique, typique des lieux, mais je ne m'en soucie guère. Ils savent où me conduire. Je m'approche de cette mosquée près de laquelle j'ai connu ces quelques discussions avec mon vieil ami. Arrivé à quelques distances de celle-ci, la foudre tombe si près de l'endroit où je me trouve que mes tympans et mes poumons en ressentent la violente pression l'accompagnant. Par réflexe j'ai fermé les yeux mais la lumière de la foudre fut si éblouissante qu'il me faut quelques secondes avant de pouvoir distinguer quoique ce soit dans la nuit. Quand enfin je parviens à voir à nouveau, la pluie se rappelle à mon souvenir en martelant les toits de tôle qui couvrent les maisons encadrant la mosquée. L'eau tombée forme ici de larges flaques qu'il est tentant de contourner. J'arrive aux abords de la mosquée, mais là personne ne m'accueille...les vieux sages ne sont pas fous...me dis-je en souriant. Ce n'est probablement pas un temps pour parler des anges, des rêves ou bien des roses. Pourtant, je me trouve là, trempé et bien éveillé. Je tends l'oreille, pas de musique de flûte ne se fait entendre non plus. Je m'interroge et songe à ce qui s'est déroulé récemment....Ce rêve...est-ce qu'il signifiait quelque chose ? Ma Rose souffrante, incapable de prononcer une parole...Soudain ça me semble évident. L'éclair qui m'a éveillé en plein rêve m'a permis de m'en souvenir. Toujours seul, sous la pluie, je me recueille et mes pensées m'emmènent dans un voyage de compassion. Je pense à ma Rose qui j'en suis persuadé souffre en cet instant, mais cette souffrance n'est pas orpheline. Beaucoup d'êtres sur cette terre souffrent en cette nuit et leur souffrance physique entraine immanquablement une souffrance morale chez leurs proches. Souvent c'est difficile à supporter, encore plus à accepter. On a beau chercher des raisons, des responsables, le mal est là et il faut composer avec, faute de le chasser. L'espoir d'une guérison, d'un soulagement temporaire des maux ou d'un réconfort passager du cœur permet d'accompagner le temps qui passe. Mes pensées sont parties loin à la recherche de ces êtres qui souffrent en silence. Je leur trouve une grandeur d'âme que je n'ai pas. Ils font face et refuse que l'on s'apitoie sur leur sort. Ils sont dignes et ne veulent pas qu'on les réduise à leur état. Ils sont vivants et méritent notre considération. Puis mes pensées reviennent à ma Rose. Elle est digne et forte elle aussi. Elle m'inspire chacun de mes mots et je ne saurais être celui que je suis si elle n'avait été là. Je souffre avec elle et je pourrais la citer « Je prends part au fond de mon cœur à chacune de ses douleurs. »
Sur le chemin du retour toujours sous la pluie je songe...derrière moi, un vieil ami que je n'ai pas aperçu verse une larme qui va se mélanger aux larmes du ciel.
