Boh penh nyang…
Il est des mots
dont la signification va au-delà de leur définition et ceux-ci permettent, si l’on
si attarde un peu, de comprendre un peu mieux les lieux et les gens qui nous
entourent.
Il est une
expression qui pourrait à elle toute seule décrire le pays dans lequel je vis
aujourd’hui…le Laos. Cette expression est « Boh penh nyang ».
Crépuscule sur les bords du Mékong
Cette expression s’emploie
dans des contextes multiples et en réponse à des situations très diverses.
Que vous
rencontriez un problème, quel qu’il soit, il est fort probable que l’un des
premiers remèdes verbaux soit de prononcer ces mots, qui prétendront à ce moment-là
apaiser l’esprit et lisser la tourmente.
Que vous soyez en désaccord
avec votre interlocuteur, ces mots émergeront probablement de la bouche de
celui-ci, en écho à ces mêmes mots, inévitablement sortis de votre propre
bouche. Ils permettront alors, si ce n’est de trouver un accord, d’engager la
discussion sur une voie pacifique et conciliante.
Que vous désiriez
vous enquérir de l’état de santé d’une personne malade, il semble presque évident
que ces mots soient également employés.
Si l’on traduit littéralement
l’expression, elle pourrait signifier «pas-existe-quelque chose». Dans
ces usages divers, on peut la traduire par «pas de problème», «peu importe»,
ou encore de façon plus profonde «je pardonne et oublie tes actes».
Le voyageur pourra
se retrouver surpris de ces usages multiples et pourrait se retrouver contrarié
si son état d’esprit ne s’accordait pas à celui des lieux. De la frustration
pourrait même émerger du constat que, sous couvert d'un certain fatalisme, ces mots soient utilisés à l’envie, un peu comme
une formule magique que l’on emploierait au lieu de trouver de « vraies »
solutions aux problèmes. Cependant, il se rendra vite compte que cette frustration
ne trouvera d’apaisement que s’il convient d’accepter que les choses se gèrent
ainsi…différemment.
Car en effet, le large
spectre d’usage de ces mots traduit bien leur grandeur insoupçonnée. Ils trouvent
leur source dans la tradition bouddhiste de l’acceptation des choses et leur
emploi dépasse largement le statut d’expression verbale. Ils font partie de l’esprit
du peuple Lao et de leur culture. Plus que des mots, c’est un Art de Vivre…
