quelques pensées

Nom :

dimanche, octobre 26, 2014

Boh penh nyang…

Il est des mots dont la signification va au-delà de leur définition et ceux-ci permettent, si l’on si attarde un peu, de comprendre un peu mieux les lieux et les gens qui nous entourent.

Il est une expression qui pourrait à elle toute seule décrire le pays dans lequel je vis aujourd’hui…le Laos. Cette expression est « Boh penh nyang ».

Crépuscule sur les bords du Mékong

Cette expression s’emploie dans des contextes multiples et en réponse à des situations très diverses.
Que vous rencontriez un problème, quel qu’il soit, il est fort probable que l’un des premiers remèdes verbaux soit de prononcer ces mots, qui prétendront à ce moment-là apaiser l’esprit et lisser la tourmente.
Que vous soyez en désaccord avec votre interlocuteur, ces mots émergeront probablement de la bouche de celui-ci, en écho à ces mêmes mots, inévitablement sortis de votre propre bouche. Ils permettront alors, si ce n’est de trouver un accord, d’engager la discussion sur une voie pacifique et conciliante.
Que vous désiriez vous enquérir de l’état de santé d’une personne malade, il semble presque évident que ces mots soient également employés.

Si l’on traduit littéralement l’expression, elle pourrait signifier «pas-existe-quelque chose». Dans ces usages divers, on peut la traduire par «pas de problème», «peu importe», ou encore de façon plus profonde «je pardonne et oublie tes actes».

Le voyageur pourra se retrouver surpris de ces usages multiples et pourrait se retrouver contrarié si son état d’esprit ne s’accordait pas à celui des lieux. De la frustration pourrait même émerger du constat que, sous couvert d'un certain fatalisme, ces mots soient utilisés à l’envie, un peu comme une formule magique que l’on emploierait au lieu de trouver de « vraies » solutions aux problèmes. Cependant, il se rendra vite compte que cette frustration ne trouvera d’apaisement que s’il convient d’accepter que les choses se gèrent ainsi…différemment.

Car en effet, le large spectre d’usage de ces mots traduit bien leur grandeur insoupçonnée. Ils trouvent leur source dans la tradition bouddhiste de l’acceptation des choses et leur emploi dépasse largement le statut d’expression verbale. Ils font partie de l’esprit du peuple Lao et de leur culture. Plus que des mots, c’est un Art de Vivre…